Période : 18 - 21 Novembre
De retour à Amman j'essaye de m'adapter aux excursions proposées pour avoir l'opportunité de visiter le maximum d'endroits. En effet dans la plupart des cas une visite en solo est quasiment impossible à organiser, ou reviendrait vraiment cher. Je m'aperçois qu'une certaine Deanna s'est inscrite pour les châteaux du désert, mais elle est dans un autre hôtel, donc je me mets en route pour voir avec elle si elle a rencontré d'autres personnes (car il faut normalement être 4 et nous ne sommes a priori que 2), ou si au pire nous pouvons partager un taxi. Au moment où j'arrive un couple de français est là pour s'inscrire et je suis le 4ème. Après discussion nous décidons de prendre un taxi par nous-mêmes de façon à réduire le coût. Au final cela ne marchera que moyennement puisque le taxi nous reviendra à 15 JD chacun contre 20 pour l'excursion organisée, mais au moins nous aurons les mains un peu plus libres.
Départ vers 8h30, la voiture est confortable mais il apparait rapidement que le chauffeur, tout en sachant où il va, n'a jamais fait cette excursion. Cela devient assez drôle quand il s'aperçoit trop tard qu'il fallait tourner pour le 1er château et dans une scène dans le plus pur esprit de "4 mariages et un enterrement", nous faisons marche arrière sur la nationale. Le 1er château qui est censé être en ruine est en fait en train d'être rénové et le résultat est vraiment probant. La vue sur le désert environnant n'est pas mal non plus. Nous arrivons ensuite à Azrak, château plutôt décevant dont le seul intérêt semble être d'avoir hébergé Laurence d'Arabie - c'est quand même maigre... Quelques pierres taillées intéressantes et nous cherchons un endroit où déjeûner. Evidémment le chauffeur nous conduit vers le classique "buffet pour 10 JD" mais c'est clairement non pour nous. Difficile de lui faire comprendre que nous voulons quelque chose de basique, il a l'air de ne pas comprendre que des touristes puissent avoir envie de manger comme des locaux - je ne suis pas venu jusqu'en Jordanie pour m'enfiler des burgers et des salades de buffet à volonté. Au final ce sera une moitié de poulet pas vraiment mémorable. Mais cela tourne vraiment au comique quand nous voulons aller à la réserve naturelle d'Azrak, qui est à moins de 200 mètres, mais même la police locale ne parvient pas à nous l'indiquer. Je me demande s'ils sortent de chez eux de temps en temps. Vraiment énorme. Nous suspectons une petite arnaque à l'entrée de la réserve mais pas grand chose à faire, une fois dedans une petite rando de 30 minutes environ nous attend, pas grand chose à voir hormis un énorme désastre écologique - les autorités ont pompé (littéralement) cette réserve d'eau jusqu'à ce qu'elle disparaisse, c'est hallucinant de voir d'immenses champs de roseaux là où se trouvait auparavant un lac. Et les efforts pour ramener de l'eau dans cette réserve paraissent assez dérisoires malheureusement - des dizaines et meme des centaines de milliers d'oiseaux migrateurs s'y arretaient auparavant, maintenant ils sont quelques centaines à peine. Le musée (en fait une petite exposition) est édifiant et le moral n'est pas franchement au beau fixe quand nous ressortons. Une classe d'enfants (seulement des filles) visite aussi le site, elles doivent avoir 10 ans environ et connaissent déjà les questions rituelles en anglais : "comment t'appelles-tu ?", "d'où viens-tu ?" et l'incontournable (mais toujours plaisant) "welcome to Jordan!" - cependant elles ne s'adressent qu'à Deanna, il n'y aura qu'une effrontée pour oser me dire bonjour. Retour sur la terre en direction du château suivant qui est en fait une maison de bains ayant créé une certaine polémique car couvertes de peintures de femmes nues (la représentation de l'être humain est interdite par l'islam, quant aux femmes nue n'y pensons même pas), de grappes de raisin, etc. De là à penser à un endroit où les princes locaux venaient se ressourcer il n'y a qu'un pas, mais les archéologues essayent bonnant malant de nous prouver le contraire, avec peu de succès. L'architecture extérieure du bâtiment est assez particulière (dans le plus pur style des bâtiments de Tatooine dans Star Wars) mais l'intérieur est relativement décevant avec des peintures très dégradées. Le gardien nous joue un petit air de musique pour clore la visite. Le 4ème et dernier château est un caravansérail et possède l'architecture la plus intéressante (et imposante), il se dégage une ambiance particulière de ce château qui est pour moi le plus fascinant de tous car le plus surprenant de par sa conception. En plus la visite est orchestrée par Johnny Depp lui-même donc que demander de plus ! Pas grand chose à dire sur le retour hormis le fait que notre groupe n'a pas vraiment fonctionné, donc c'est une des rare fois où je me sépare des gens avec qui j'ai passé la journée sans noter une seule adresse email ou quoi que ce soit. Mais ce que je ne sais pas encore c'est que le couple de français sera en fait le "fil rouge" de mon voyage, je les rencontrerai un nombre de fois incroyable, comme vous allez le voir par la suite. C'est assez fourbu que je rentre à l'hôtel pour y rencontrer un groupe qui est allé à la mer morte le jour-même (pas de bol je m'étais déjà engagé pour les châteaux du désert). Un shawarma de poulet, un peu d'internet et au lit !
Le lendemain matin il est temps de prendre une décision car visiblement je suis à court de temps pour aller visiter la mer morte, mais je ne trouve personne pour m'y accompagner. Je discute au petit-dèj avec Rebecca, une suédoise qui me parle de Dana et Petra (et me donne à la fois l'idée et l'envie d'aller faire un tour a Dana - je l'en remercie d'ailleurs a posteriori). Elle doit aller à la mer morte avec des amis le lendemain, je lui demande si je peux me joindre à eux mais elle ne le saura que le soir. J'avais auparavant envisagé d'aller dormir à Madaba (un peu au sud d'Amman) en me disant que cela serait peut-être plus simple d'organiser qqch vers la mer morte de là-bas, mais je change finalement d'avis : j'irai passer l'après-midi à Madaba avant de revenir pour voir si c'est possible pour la mer morte. J'en profite aussi pour appeler le magasin Apple d'Amman, ils sont ouverts jusqu'a 21h donc je me dis que j'irai en revenant de Madaba - en effet le chargeur de mon ordinateur portable semble être en rade, et je ne compte pas vraiment me trimballer tout ce poids sans pouvoir l'utiliser du voyage (surtout que c'est important pour sauvegarder mes photos et commencer à les trier, retoucher...)
Le trajet jusqu'à Madaba est plus compliqué que prévu, la gare routière (toute neuve) d'où sont censés partir les bus est vide (plus ou moins en travaux apparemment) donc il faut que je commence par prendre un bus pour une autre gare routière, où il y a la queue pour Madaba. Une queue qui s'allonge bientôt pour compter jusqu'à une cinquantaine de personnes. Je dois attendre plus de 30 minutes avant de voir débarquer un minibus aussitôt pris d'assaut. Finalement un gros bus (qui attendait à côté depuis le début) finit par se décider. Au total plus d'une heure de perdue avant de me mettre en marche vers Madaba, et comme le bus s'arrete partout je mets le temps record de 2h pour rejoindre ma destination (normalement c'est plié en 30 minutes). Une fois sur place j'ai environ 1h30 pour visiter les principaux lieux de la ville, je commence par l'Eglise de St Georges et sa mosaique - carte du moyen orient, pas mal et très connu, mais largement moins bien a mon goût que le musée archéologique avec sa sublime mosaique de l'Eglise de la Vierge Marie qui est vraiment immense.
Le retour n'est pas mieux que l'aller, le bus me laisse (ainsi que tous les autres) à un feu rouge dans un quartier dont je me souviens bien, c'est celui que le taxi d'hier a qualifié de quartier des extrémistes islamistes. Je prends (pas rassuré) le premier bus pour Amman, qui normalement va à la gare de Raghadan (ce qui m'arrangerait bien) mais me laisse en fait... au beau milieu d'un échangeur autoroutier en périphérie d'Amman. Il y a tout de même quelques personnes dans le coin et après avoir cherché une solution pour me repérer, je finis par aborder un mec qui attend pas loin. Pas évident de communiquer mais il m'explique qu'il attend son frère et qu'il m'emmenera ensuite dans la vieille ville. Sur ce son frère - Zver? - (et leur cousine) arrive, et nous voila partis pour... je ne sais où, où nous deposons la cousine et où je rencontre l'oncle et la moitié de la famille. Le premier frère (Khalid) prend maintenant le volant et me fait visiter Amman by night - nous deposons Zver à son club de sport puis Khalid m'emmène jusqu'a 100 mètres de mon hôtel. Choukran (merci en arabe) avec main sur le coeur et tutti quanti. Je suis soufflé et ému par une telle gentillesse (tout ça a pris plus d'une demi-heure). Donc au final 2 heures pour aller a Madaba et 2 heures pour en revenir, je vais rentrer dans le Guinness Book.
Sur ce en arrivant a l'hotel je vois que 2 nanas (Erin et Julia) se sont inscrites pour diverses excursions mais comme je dois aller au magasin Apple je demande au mec de l'hôtel de voir si elles ne voudraient pas aller plutôt à la mer morte (puisque évidemment elles se sont inscrites à tout sauf ça). Je prends un taxi pour le 7ème cercle, je veux payer 2 JD, il me dit 3, nous nous mettons d'accord pour utiliser le "meter". Il me dit "Welcome to Jordan ! Welcome to Crazy Taxi !" avec un grand sourire puis met de la techno à fond. Il change de station de radio toutes les 10 secondes, on tombe sur un remix techno de musique arabe traditionnelle, c'est excellent ! Il m'explique qu'il aime la musique occidentale à cause du boum-boum et des basses. En cours de trajet nous nous mettons d'accord sur 2.5 JD et il coupe le meter et me propose une clope. Non merci et il me demande la permission d'en fumer une (là je suis sur le cul, ici tout le monde fume partout, je vois bien les gynecos mettant les enfants au monde avec une clope au bec). Je lui demande si le jeudi soir est le bon jour pour sortir, vu qu'ils ne travaillent pas le vendredi - il me dit qu'il travaille le lendemain mais si je veux il me laisse son numéro de tel et on sort ce soir - Welcome to Jordan ! C'est pas tout ça mais la journée a été longue donc je passe mon tour...
J'arrive enfin au magasin Apple où je suis soulagé d'apprendre qu'en fait c'est mon adaptateur secteur (mon chargeur a une prise US) qui ne fonctionne pas, donc je me mets en quete d'un nouvel adaptateur, a priori dispo dans un mini-supermarché à côté. En fait non mais on me dirige un peu plus loin vers El Bechir quit doit avoir ça. Je fais 100 mètres avant de demander "El Bechir ?" dans un magasin au hasard (luminaires) et là un mec d'une cinquantaine d'années (dont on voit tout de suite qu'il est haut en couleurs) me dit "El Bechir, c'est moi !" en se tapant sur la poitrine (et en francais dans le texte). Il m'emmène 2 magasins plus bas et effectivement c'est bien écrit "El Bechir" sur la porte - et je n'ai jamais vu une telle collection d'adaptateurs électriques de toute sorte auparavant. Il trouve évidemment ce qu'il me faut, me rend la monnaie à moitié en JD et à moitié en dollars (faut être flexible et bon en calcul mental quand on voyage), puis m'entendant tousser va me chercher un bonbon cerise-citron dans sa voiture - "c'est bon pour la toux, à chaque fois que je fume j'en prends un sinon je tousse !" (ils sont tous fous ici). Je fête la résolution de mon probleme pour 1.5 JD (je suis vraiment soulagé) dans une pizzeria à côté (pizza dégueulasse comme de bien entendu) avant de rentrer avec un autre taxi, qui au niveau du 3ème cercle m'apprend que je dois descendre car il doit être de retour au 7ème cercle pour 21h pour emmener un businessman à l'aéroport et il n'a plus le temps. Je ne me laisse pas faire, mais comme il me reste seulement 2 JD de monnaie, je négocie pour qu'il me laisse juste avant un embouteillage (c'est toujours le bordel dans la vieille ville) et je ne paye que 2 JD pour la course. Il n'est pas très content mais pense déjà aux 18 JD que lui rapportera la course vers l'aéroport.
De retour vers l'hôtel je croise dans la rue l'employé avec qui j'avais discuté et qui me dit que les 2 nanas vont finalement faire les chateaux du desert car 2 autres personnes se sont presentées et ils ont donc un groupe complet. Damned. A l'hôtel je rencontre 2 australiennes et un australien (Gemma, Cathy et David - j'y reviendrai), ainsi que les 2 nanas mentionnées plus haut (aussi australiennes) qui finalement laissent tomber l'idée des châteaux du désert et préfèrent aller à la mer morte - on verra demain matin comment on peut s'arranger. Début de journée tranquille et à l'ordre du jour l'organisation du trajet vers la mer morte. Les mecs de l'hôtel en ont après Erin et Julia car les deux autres mecs se sont pointés pour faire les châteaux du désert et au final ils ont négocié de le faire quand même pour 2 personnes pour le prix de 25 JD chacun, donc manque à gagner de 30 JD pour l'hôtel (probablement le montant de leur commission) donc ils nous proposent la mer morte pour 40 JD alors que nous savons bien que cela coûte normalement 30 JD. Nous nous mettons donc en quête d'un taxi, ce qui donne lieu a quelques scènes très comiques. Le 1er taxi veut 40 JD, nous laissons tomber rapidement car plusieurs taxis s'accumulent dérrière lui. Le 2ème taxi ne comprend pas où nous voulons aller, nous esasyons Dead Sea, Mer Morte, etc. sans succès. Je tente Amman Beach (le nom de la plage "publique"), il me regarde, me montre du doigt tout ce qui est autour de nous et dis "Amman..." - ok suivant. Le 3ème nous comprend bien mais veut aussi 40 JD (décidément), nous négocions mais il n'en demord pas. Erin continue de discuter avec lui alors que Julia et moi passons au 4ème taxi (on voyage tous les 3 avec un budget ric-rac donc ca motive, un JD de négocié c'est un JD de gagné). Il ne comprend pas où nous voulons aller (mais euh ! ils le font exprès ou quoi ?), Julia tente de faire la morte en penchant la tête de côté (comme un pendu), le mec obligeant nous dit "sleeping?" (endormie ?) - hmm ok je sens que cela ne va pas être simple ! Finalement Erin revient en disant que le 3ème taxi nous le fait finalement pour 30 JD. Je vérifie bien avec lui, il me dit "go Amman Beach - 2 o'clock - back Amman" (en gros : nous allons a Amman Beach, j'attends 2 heures et nous revenons). Tope-la !!!
Comme d'habitude le taxi ne nous tient pas rigueur de l'âpre séance de négociation - en général dans les pays ultra-touristiques si le gars accepte un prix qui ne lui plait pas il fera le job tout en s'efforcant d'être désagréable ou d'arnaquer son client sur quelque chose, mais ce n'est jamais le cas ici. Le chaffeur nous offre le café (!) et nous arrete dans un supermarché où nous pourrons faire quelques courses car il nous explique que c'est très cher a Amman Beach. J'achète une petite réserve de pistaches et de graines de tournesol. Les paysages sont sublimes en descendant vers la mer morte, puis nous avons droit aux controles de l'armée (proximité d'Israel oblige) et à quelques pancartes comiques, comme une espèce de représentation symbolique du personnage du tableau "Le Cri" (mais entouré d'eau) et la mention "Warning: Extremely Salty Water" (Attention : Eau Extremement Salée). Sans dec.
Nous arrivons finalement à Amman Beach où l'entrée coute 7 JD pour l'accès à la plage, aux toilettes et à des douches de plage. Pour 12 JD on aurait eu droit aux piscines, mais avec 2 heures devant nous ce n'est pas la peine. Pour ce qui est de la mer morte, c'est clair que la sensation est à la fois bizarre et rigolote, mais le plus drôle reste de s'enduire de boue (qui tapisse le fond) avant de se faire cuire au soleil puis de se rincer - je n'ai jamais eu une peau si douce, c'etait vraiment hallucinant (bon faut dire je partais de loin aussi). Et en plus évidemment l'occasion de prendre quelques photos bien comiques. Apres une bonne douche salvatrice (je ne suis pas sur que le Guillaume en croute de sel cuit au soleil de la mer morte soit très digeste), nous nous allongeons en grignotant nos pistaches et cacahuètes. Finalement nous sommes rejoints par le chauffeur (je pense que les jordaniens payent moins, ou alors il a negocié l'entrée en disant qu'il était à la recherche de ses clients - sinon le prix serait vraiment prohibitif pour les locaux), toujours aussi bonhomme il va se tremper les pieds dans l'eau (j'attends a chaque instant de le voir glisser sur la boue et se retrouver les quatre fers en l'air dans l'eau - mais non). Retour tranquille et il prend nos 30 JD sans sourciller.
Je rencontre un allemand dans le dortoir qui parle très bien francais, nous allons manger avec Erin dans mon resto préféré pendant que Julia se repoe, puis thé et shisha dans un petit café. Nous discutons pas mal d'Israel (il en vient et Erin y va), notamment du musée sur la Shoah à l'architecture apparemment très réussie, puis du Cambodge, etc. Je passe le reste de la journée à trier mes photos et graver quelques CDs (y compris pour les 2 miss) en discutant avec les 3 australiens rencontrés la veille. Un des employés de l'hôtel a besoin de nous (ou plutôt de nos passeports) pour aller acheter de l'alcool et des cigarettes dans un magasin Duty Free, et au retour nous regardons le film sur la vie de Johnny Cash en sirotant du J&B qu'il nous offre volontiers (mes premières gouttes d'alcool depuis mon arrivée en Jordanie).
Galerie de photos sur les châteaux du désert, Madaba et la Mer Morte
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